Minuit à Paris

Woody Allen semble avoir pris un bon rythme de croisière en réalisant en moyenne un film par an. Après le très pâle Vous allez rencontrer un bel et sombre Inconnu, Woody Allen venait une nouvelle fois présenter son nouveau film à Cannes, hors compétition, et en ouverture du 64ème festival de Cannes. Minuit à Paris a enchanté la Croisette et a suscité de la part de la presse un réel engouement. Minuit à Paris serait le meilleur Woody Allen depuis longtemps… Si Minuit à Paris renoue avec le genre « Allenien » il n’en est pas moins dépourvu de rythmes et manque cruellement d’intrigue.

Gil et Inez vont se marier à l’automne. En attendant, ils font une escapade à Paris. Si tout deux adorent la capitale française, Gil y voue un véritable culte. Écrivain en mal d’inspiration il a de plus de mal à accepter cette petite bourgeoisie à laquelle il se destine. Ennuyé et dérouté Gil va alors se laisser porter par ses fantasmes littéraires et par la vie de bohème dont il rêve. Un soir, alors que les douze coups de minuit retentissent, celui-ci est invité à rejoindre une fête un peu particulière presque 90 ans en arrière… Incrédule puis charmé, Gil va reproduire ce même rituel tous les soirs et rencontrer tour à tout Hemingway, Picasso, Matisse, Dali… Ces virées nocturnes vont l’aider à se révéler et à prendre conscience de ses véritables aspirations. Mais attention à ne pas perdre complétement la tête…

Le film commence mal, très mal. 1minute 30 de cartes postales parisiennes sur fond d’accordéons. On s’attend au pire et on se dit que les clichés qu’on redoutait tant de la capitale seront bien présents. Ni bérets ni baguettes fort heureusement, mais l’enchainement de tous ces monuments parisiens sur cette musique tellement typique est long très long, trop long. Passé ce moment difficile, on rentre dans le vif du sujet et on part à la rencontre de Gil et Inez, un couple bobo (bien évidemment) de passage à Paris. Et à notre grand dam, les clichés ne vont pas disparaitre bien au contraire. Et c’est parti pour la visite des musées, les beau-parents qui vont au Mont Saint Michel, les puces de Saint-cloud, les antiquaires, les dégustations de vins sur un toit sur fond de Tour Eiffel… On en viendrait presque à détester Paris…

Après cette longue phase d’introduction presque inutile, le film prend enfin de la hauteur (un peu) en basculant vers le fantastique. Il est minuit, Gil s’est un peu perdu dans Paris et se retrouve sur les marches d’une église. Là une vieille voiture s’arrête et l’incite à monter à bord. Sans le savoir Gil a basculé dans le Paris de l’âge d’or, le Paris des années 20. Avec comme seul connexion avec la réalité, le manuscrit de son livre, il va aller à la rencontre des figures emblématiques du début du siècle. Là le film prend une nouvelle dimension et nous présente un Paris fantasque et fantasmé. Fini les vues parisiennes et les accordéons, place aux nuits blanches dans les bars un peu miteux et aux personnages haut en couleur. La palme revenant à la rencontre avec Dali, interprété par un Adrien Brody très en forme. Heureux de ce qu’il vit la nuit, Gil cherche à revivre cette expérience encore et encore. Chaque nuit, il quitte la femme qu’il doit épouser pour ses voyages dans le temps. Petit à petit, la distance avec ces contemporains s’agrandit et il renait dans le paris des années 20. Et là, la mise en scène de Woody Allen prend tout son sens. Alors que les plans sont larges la nuit, la journée, Gil est toujours en plan serré, jamais dans le même plan que les autres. Comme s’il était déjà parti et déconnecté de cette réalité.

Le film pose une question essentielle, celle de l’insatisfaction permanente. Il nous démontre en réalité qu’il n’y pas d’age d’or unique et que chacun rêve de son age d’or. S’il est pour Gil Paris dans les années 20, il est pour Adriana la fin du XIXème siècle. Chacun rêve d’une époque où il aurait souhaité vivre. La renaissance pour certain, les années 60 pour d’autres…Et là le film prend tout son sens.

Côté casting, il nous faut souligner l’incroyable performance d’Owen Wilson qui nous fait oublier ses mauvais choix d’acteurs. Le reste du casting américain est un peu fade à commencer par Rachel Mc Adams qui n’arrive pas à s’affirmer face à ce Owen Wilson magistral. Côté casting français, seule Marion Cotillard s’en sort à peu près convenablement. Elle est magnifique mais impossible d’oublier sous ses traits, l’ombre de la môme Piaf… Carla Bruni est d’un vide intersidéral et on se demande vraiment pourquoi on en a temps parlé tant son rôle est petit. Quant à Gad Elmaleh, difficile de ne pas croire à une blague à la vue de son personnage complétement inutile et qui n’apporte rien au propos.

Minuit à Paris est une déclaration d’amour à Paris et à ses intellectuels. Woody Allen nous montre le Paris qu’il aime, une capitale artistique qui s’éveille à minuit dans les années 20. Malheureusement pour nous, pauvres français moyens, à part Hemingway, Matisse, Picasso et Dali tous ces noms ne nous parlent pas beaucoup et nous font voir Minuit à Paris un film de Bobo pour Bobos.

Minuit à Paris est d’un ennui profond qui vous tiendra éveillé grâce à ses voyages dans le temps très originaux et à l’humour grinçant et bien taillé d’un Owen Wilson au sommet.

M & A

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