Le Complexe du Castor

15 ans après « Week-end en famille », Jodie Foster revient derrière la caméra et sur le devant de la scène en présentant au Festival de Cannes, « Le complexe du Castor », une comédie dramatique bien menée qui redonne du crédit à Mel Gibson.

Walter est au plus bas. En pleine dépression, il est chassé par sa femme et a vu s’éloigner ses deux fils. Seul, il passe ses journées à boire et à dormir. Un soir, il trouve dans une poubelle une marionnette de castor. Prêt à commettre l’irréparable, il enfile sa marionnette; celle-ci apparaît comme son dernier espoir le rattachant à la vie. Grâce à elle, il va s’accrocher à la vie, reprendre confiance petit à petit, et se battre contre la maladie. Véritable double décomplexé, Walter se réveille d’un long sommeil. Grâce à elle, il va réussir à extérioriser toutes les choses qu’il n’osait pas dire avant, à sa famille et à ses collègues. La marionnette devient alors une nouvelle personnalité, un nouveau Walter, plus positif et sur de lui. Petit à petit, il reprend goût à la vie et se sent revivre. Mais il va vite se rendre compte que sans sa marionnette, il n’est rien. Comment faire alors pour s’en débarrasser?

Drôle de pari pour Jodie Foster : une idée folle autour d’une marionnette Castor supplanté par l’attribution du rôle titre à un acteur déchu, qui ne cesse d’accumuler les scandales. Et bien chère Jodie, Bravo ! Pari réussi haut la main donc avec ce film puissant et déroutant sur la dépression et le retour à la vie.

Le film explore avec brio les thèmes de la dépression, du mal-être, et de la recherche de reconnaissance. D’abord au travers du personnage de Walter. Quelle idée grandiose de proposer à Mel Gibson, artiste en pleine tourmente, ce rôle. Mel Gibson aurait avoué qu’il s’était reconnu en Walter, PDG et père de famille, dépressif. Mel Gibson n’a rarement été aussi bon. Son rôle lui colle bien évidemment à la peau et donne au « Complexe du Castor » un côté très touchant, comme un témoignage de l’acteur sur ce qu’il a vécu. D’apparence heureux, Walter va juste péter les plombs, ne plus pouvoir assumer son rôle de père, de mari et de décideur. Il va lâcher prise  et tomber dans une dépression qui semble insolvable. Au travers de sa marionnette, il va subir une sorte de renaissance. En forme, il va reprendre sa place dans le monde, s’affirmer, exister. Le retour à la vie de Walter est d’une grande tendresse. Par son rapport avec son fils cadet d’une part, par son amour pour sa femme aussi et par sa conquête du monde. « Le Complexe du Castor » nous donne le sourire et vous fait aimer la vie (et les Castors aussi) et nous donne quelque part fois en l’Homme et à sa capacité à surmonter les épreuves.

Sous ses airs de comédie, le film explore aussi des thèmes beaucoup plus profonds comme les relations parents-enfants qui ne sont pas toujours très simples, et l’absence d’une figure paternelle. Et ce, au travers  de la relation filiale entre Walter et Porter. Suite à la dépression de son père, Porter cherche à lui ressembler le moins possible et veut se débrouiller tout seul. Quant à Henry il comprend mal pourquoi son père n’est plus présent et va être idéalement charmé par la nouvelle personnalité de celui-ci. « Le Complexe du Castor » met en lumière de manière très simple et très pudique la difficile place des enfants quand les parents se déchirent, et la difficulté de ceux-ci à pardonner, à tourner la page.

Autre sujet abordé, celui de la schizophrénie. Alors que tout le monde croit au retour miraculeux de Walter, celui-ci se rend compte de l’influence de sa marionnette. Et là, le film bascule à nouveau. La scène où Walter appelle son épouse (Jodie Foster toujours parfaite)  coupé par une marionnette menaçante, est juste incroyable. Si vous passez au dessus du fait qu’il s’agit d’une marionnette en peluche , vous vous rendrez alors compte de la gravité de la situation. Comme Frodon avec son anneau, ou Stanley Ipkiss avec son masque, Walter n’a plus de contrôle et a vu son double s’emparer complétement de lui. Et comme Frodon, il va devoir se débarrasser de son fardeau… Le film se termine de manière très troublante et marquante. Que ceux qui ont vu en « Le Complexe du Castor », une gentille comédie familiale se taise alors, et prenne conscience de la gravité du sujet.

Le film aurait pu être un très grand film s’il ne s’était pas un peu perdu en route avec des histoires parallèles qui n’apportent pas grand chose à l’intrigue initiale. Notamment l’histoire d’amour entre Porter et Norah et surtout l’étalage dramatique de la vie de celle-ci… On aurait aimé voir à la place l’explication de la dépression du père. Comment en est-il arrivé là ? On ne le saura jamais mais peut-être est-ce juste une jolie ellipse volontaire pour montrer qu’il n’y a aucune raison particulière, que ca arrive comme-ça, un beau matin sans prévenir et que cela peut toucher n’importe lequel d’entre nous.

On retiendra du Complexe du Castor un film rare comme il y en a peu sur la dépression et le difficile retour à la vie. Sous ses airs de comédie, le film aborde des sujets bien plus graves et nous prouve que Jodie Foster est fantastique et que Mel Gibson n’a pas dit son dernier mot.

M & A.

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2MuchPoney

  • http://universcinemajeremy.blogspot.com/ Jérémy

    Un film sympathique, oui. Bien interprété par Mel Gibson.
    La mise en scène de Jodie Foster reste timide, mais il y a beaucoup d’humilité dans ce retrait qui laisse la part belle à son histoire et ses personnages.
    Un petit film sans prétention, qui brase mine de rien pas mal de thèmes, et qui donne malgré tout le sourire.

  • http://www.studiorock.fr/42-guitare-electrique gratte electrique

    Grand merci pour cet article ..


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