Intouchables

Après les sympathiques Nos Jours Heureux, Tellement Proches et Je préfère qu’on reste amis…, Eric Toledano et Olivier Nakache mette la barre plus haute en s’attaquant à un immense tabou : le handicap physique. Un culot qui pourrait bien leur faire atteindre des sommets.

A la suite d’un accident de parapente, Philippe, riche aristocrate, engage comme aide à domicile Driss, un jeune de banlieue tout juste sorti de prison. Bref la personne la moins adaptée pour le job. Ensemble ils vont faire cohabiter Vivaldi et Earth Wind and Fire, le verbe et la vanne, les costumes et les bas de survêtement… Deux univers vont se télescoper, s’apprivoiser, pour donner naissance à une amitié aussi dingue, drôle et forte qu’inattendue, une relation unique qui fera des étincelles et qui les rendra… Intouchables.

Mais quelle mouche a piqué Olivier Nakache et Eric Toledano pour axer leur dernier film sur un homme en fauteuil roulant ? Sujet tabou en France très peu souvent porté sur grand écran (on se souviendra à jamais du magnifique Scaphandre et Le Papillon) le duo comique a pourtant fait son choix. Et la mouche n’est nulle autre que Phillipe Pozzo di Borgio. Un riche aristocrate devenu paraplégique suite à un accident de parapente qui a retrouvé gout en la vie grâce à son auxiliaire de vie, jeune banlieusard, devenu fidèle ami. Le film aura mis sept ans à se penser, se construire et finalement voir le jour. Et à la vue du résultat on se dit qu’il fallait bien cela !

Alors que le sujet est pourtant très lourd, très dur, Olivier Nakache et Eric Toledano parviennent avec une aisance agaçante à rendre Intouchables extrêmement drôle. Les deux hommes ne mettent aucuns gants et n’hésitent pas une seconde à mettre les pieds dans le plat. Driss ne semble pas affecté par la situation de son patron et n’y va jamais de mains mortes quand il s’adresse à lui. Les piques virevoltent et claquent sans arrêt. Le handicap est toujours tourné en dérision ou en jeu. Pour une fois un homme en fauteuil ne semble pas « emprisonné » dans sa condition mais s’y accommode et s’en amuse parfois. La scène d’ouverture où Philippe simule une crise pour échapper à la police donne déjà le ton. Personne n’est là pour s’apitoyer sur son sort. Olivier Nakache et Eric Toledano semble avoir trouvé la formule magique pour faire rire d’un sujet si grave et même un peu tabou. Et voir Driss verser sur les jambes de Philippe de l’eau bouillante et s’amuser du manque de réactions en dit long sur l’état d’esprit du film.

Au delà d’un film comique, Intouchables est aussi une réflexion sur la condition d’Hommes, des secondes chances et sur la vie en elle même. Le film est d’une force incroyable qui vous fait aimer la vie et avoir foi en elle. Le message derrière est assez clair : qu’importe ce qui vous tombera dessus, vous vous en sortirez et en ressortirez grandit. Alors bien sur le film n’est pas non plus d’un optimisme sans faille. Malgré sa volonté de continuer à vivre, Philippe paraît souvent très seul et bien malheureux. Le personnage devient alors attendrissant au possible mais jamais pathétique. Olivier Nakache et Eric Toledano ne tombent jamais dans le pathos et cette performance mérite d’être soulignée.

Côté casting là aussi c’est un sans fautes. La paire Cluzet-Sy est magnifique de sincérité et de naturelle. François Cluzet se révèle une fois encore un professionnalisme sans failles. On est épaté de le voir jouer ainsi, de ne bouger que sa tête, de laisser son corps aller comme une feuille morte. Et quand les réalisateurs nous confient que la  scène du saut en parapente n’a nécessité qu’une seule prise pour Cluzet qui n’a à aucun moment bougé on se dit que la performance est immense. Si François Cluzet n’a plus grand chose à prouver pour confirmer son statut de meilleur acteur français actuel, Omar Sy apparaît ici comme une merveilleuse révélation. Il trouve dans Driss une seconde peau qui lui va comme un gant. Ses répliques font mouches et son côté « intouchable » se fissure lentement dès lors que sa relation avec Philippe grandit. Une prestation qui pourrait lui valoir une nomination au César du meilleur espoir …

Certain qualifie déjà Intouchables comme la comédie de l’année et les premiers chiffres du Box office vont dans ce sens. Pour autant le film perd un peu ses intentions lorsqu’il se situe en banlieue et lorsque la paire Nakache/Toledano tente de montrer la vie dans les cités. Un passage pas forcément nécessaire qui vient alourdir le film. Dommage car sans cela on pense qu’Intouchables aurait pu devenir un futur classique où les répliques s’inséreraient dans nos vies quotidiennes comme celles des Bronzés ou de la Cité de la Peur.

M.

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2MuchPoney

  • Arnold38Cinema

    Une très bonne comédie comme j’en avait plus vu depuis un petit moment au Cinéma. Un duo improbable mais très bien trouvé avec un acteur que j’adore : François Cluzet. Des scènes droles qui s’enchainent (le passage à l’opéra !) et un coté dramatique derrière chacun des deux personnages, un film bien rythmé et prenant de bout en bout, à voir
    Mon avis : http://www.youtube.com/watch?v=ckOEV3XLTKI

  • Berlugan

    J’en sors !
    Quel plaisir de voir des personnes de tout âge se marrer du début à la fin !
    Excellent film, une comédie, sans être une comédie !

  • Manon C.

    Je me permets de réagir à ton article (j’arrive après la bataille…).
    Ta vision du handicap (et celle de beaucoup d’autres) me semble quelque peu erronée ou peu avertie.
    Tu qualifies le handicap physique d’un « immense tabou ». Dois-je comprendre que c’est un sujet que l’on ne doit pas aborder? Que c’est un sujet honteux qui dérange?
    Dans ton disours je sens un clivage entre « un monde de valides » et « un monde d’handi ».
    Certes, en France, la personne en fauteuil est confrontée à l’inaccessibilité des lieux publics, particulièrement à Paris, et par conséquent, peu de personnes en fauteuil peuvent se déplacer à l’extérieur.
    Mais ce n’est parce qu’on ne les voit pas, qu’il ne faut pas en parler ni que c’est un sujet tabou!
    Je trouve ça formidable que 12 millions de personnes se soient déplacées pour écouter l’histoire d’un homme tétraplégique (et non paraplégique), mais arrétez d’en parler comme si c’était une nouveauté, un phénomène de mode. Les personnes en fauteuil roulant étaient là bien avant Intouchables, et chacun devrait s’ouvrir un peu, aller au delà des préjugées, à chercher qui se cache derrière ce fauteuil.
    Je me suis permis de réagir à ton discours que j’ai trouvé stigmatisant et stéréotypé, car j’ai cru y percevoir une distance entre toi et le handicap. Peut être est ce simplement de la maladresse, je l’espère. Car ce sont des subtilités comme celles ci qui contribuent à alimenter un sujet « tabou » qui n’a pas lieu d’être à mon sens.

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